Jargon des lexicographes

Par Camille

Je vous propose une sélection de termes issus du jargon des lexicographes (auteurs de dictionnaires).

Un article de dictionnaire est un paragraphe dans lequel un mot est décrit. Le dictionnaire est principalement constitué d'une série d'articles.

Une entrée de dictionnaire est un mot qui fait l’objet d’un article. On l’appelle entrée car c’est véritablement par là qu’on entre dans le dictionnaire ; par exemple si l’on cherche le mot plat, on trouve l’entrée plat, qui introduit sa description. Les entrées du Petit Larousse sont classées par ordre alphabétique.

La nomenclature est la liste de toutes les entrées que le dictionnaire contient. Le Petit Larousse et le Petit Robert ont des nomenclatures réduites (environ 60 000 entrées) aux mots les plus essentiels de la langue. Le Trésor de la Langue Française, dont la nomenclature est plus étendue, contient 100 000 entrées. Le Robert Benjamin, qui s’adresse aux enfants de six à huit ans, compte 6 000 entrées.

La vedette d’un article est la mise en forme typographique de son entrée, qui permet de la mettre en valeur. Par exemple, la vedette peut être en gras, en petites capitales, en minuscules, en rouge, en noir, etc.

Un renvoi est soit contenu à l’intérieur d’un article, soit en constitue un à lui tout seul. Dans le premier cas, il complète la définition en renvoyant le lecteur vers un article où d’autres informations sont disponibles ; dans le deuxième cas, il indique que le mot recherché est traité à un autre endroit du dictionnaire.

Un exemple est une mise en contexte de l’entrée. Il peut être soit forgé, c’est-à-dire inventé par le lexicographe, soit attesté, auquel cas il constitue une citation (éventuellement un proverbe). Il peut également être glosé, dans le cas où il introduit une définition. Par exemple dans le Petit Robert, à l’entrée poudre, on trouve «  Poudre de perlimpinpin, que les charlatans vendaient en la donnant pour une panacée ».
Les exemples sont essentiels dans un dictionnaire. Ils permettent de donner un peu de vie aux mots décrits, qui sans cela seraient épinglés, par ordre alphabétique, comme des papillons morts dans une vitrine.
Selon une formule de Voltaire, reprise plus tard par Pierre Larousse, « un dictionnaire sans exemple n’est qu’un squelette ».

Un doublon est une définition qui se trouve à deux endroits du dictionnaire. Les lexicographes évitent d’en produire car ils sont nuisibles. D’une part, ils prennent de la place inutilement, et d’autre part, ils créent un risque de contradiction. En effet, lorsqu’en deux points du dictionnaire deux définitions décrivent la même chose, il y a un risque que celles-ci se confrontent. Prenons un exemple dans le Petit Larousse 2006 :
Entrée bon enfant : « plein de bienveillance et de candeur. »
Entrée enfant : « Bon enfant [exemple glosé], d’une gentillesse simple ; accommodant. »
Ce n’est pas tout à fait la même chose !

La refonte d’un dictionnaire est une nouvelle édition pour laquelle toute l’édition précédente a été remise en question. Le Petit Larousse, dont une nouvelle édition paraît chaque année, subit une refonte tous les six à dix ans environ. Le millésime 1998, comme le 2005, est une refonte : le nombre de pages, les polices, les illustrations ont changé, de nombreuses définitions ont été refaites, la nomenclature et la mise en pages ont été revues ; tandis que le millésime 2004, n’étant pas une refonte, ressemble beaucoup au millésime 2003 (quelques mots ajoutés, peu de définitions remaniées). Attention : dans le Petit Larousse, les refontes de la partie Noms communs et de la partie Noms propres ne sont pas forcément simultanées !

La microstructure d’un dictionnaire est la structure du contenu d’un article. Comparons par exemple la microstructure du Petit Larousse à celle du Petit Robert.
Dans le Petit Larousse, un article (sauf renvoi) contient toujours au moins :

  • une entrée,
  • une catégorie grammaticale,
  • et une définition.

Il contient éventuellement, en plus de cela :

  • une autre entrée,
  • une transcription de l’entrée en alphabet phonétique international,
  • son étymologie,
  • son pluriel (si c’est un nom ou un adjectif),
  • des définitions supplémentaires (qui sont alors hiérarchisées et numérotées),
  • des indicateurs d’usage (familier, littéraire, etc.), de provenance (régionalisme, Québec, etc.), de rubrique (médecine, agriculture, etc.),
  • des sous-articles en cas de changement de catégorie grammaticale,
  • des exemples forgés,
  • des renvois,
  • des remarques diverses,
  • une illustration ou un tableau,
  • et un développement encyclopédique.

Dans le Petit Robert, un article (sauf renvoi) contient toujours au moins :

  • une entrée,
  • une catégorie grammaticale,
  • une transcription de l’entrée en alphabet phonétique international,
  • une étymologie datée,
  • et une définition.

On y trouve éventuellement, en plus de tout cela :

  • une autre entrée,
  • des définitions supplémentaires (hiérarchisées, numérotées, et parfois datées),
  • des indicateurs d’usage, de provenance, de rubrique,
  • des exemples forgés,
  • des citations littéraires,
  • des renvois analogiques,
  • des remarques diverses,
  • des dérivés de l’entrée,
  • des homonymes et des antonymes,
  • et un encadré qui décrit la descendance d’un mot.

Au niveau de leurs microstructures, le Petit Larousse et le Petit Robert se différencient donc principalement par les étymologies et les transcriptions phonétiques, obligatoires dans l’un et occasionnelles dans l’autre, par l’utilisation d’exemples tirés de la littérature, par les encadrés décrivant la descendance du mot (Petit Robert), par le réseau analogique (ensemble des renvois signalant les synonymes et les antonymes) beaucoup plus développé dans le Petit Robert que dans le Petit Larousse, et par les illustrations et les développements encyclopédiques, caractéristiques du Petit Larousse.

La macrostructure d’un dictionnaire est l’organisation de sa nomenclature. Dans quelques dictionnaires comme le Dictionnaire du français contemporain (DFC), sont appliqués le dégroupement homonymique et le regroupement morphologique. Le dégroupement homonymique consiste à traiter en plusieurs articles numérotés des mots tels que bouton, dont les sens sont éloignés et considérés comme des homonymes (bouton sur la peau, bouton de fleur, bouton de porte, bouton d’une machine, bouton de chemise, etc.). Le regroupement morphologique consiste à définir les dérivés d’un mot dans un seul et même article. Dans le DFC, le mot dérivation est défini à l’intérieur de l’article dériver. Au niveau de la macrostructure, la principale différence entre le Petit Larousse et le Petit Robert est que le second indique parfois des dérivés en fin d’article, sans les définir (on trouve par exemple homéostatique à la fin de l’article homéostasie).

Le paratexte d’un dictionnaire est l’ensemble des documents qui accompagnent la partie centrale formée des articles. Certains éléments du paratexte sont communs au Petit Larousse et au Petit Robert : la préface, les tableaux de conjugaison, la liste des phonèmes du français, une liste d’abréviations. Le Petit Larousse se démarque par son mémento grammatical, ses cahiers thématiques, ses pages roses. Toute la partie Noms propres, avec l’atlas, la chronologie universelle et diverses listes se retrouvent dans le Petit Robert des noms propres. Le Petit Robert (des noms communs cette fois) se démarque principalement par son véritable dictionnaire des suffixes et par sa liste de noms propres de personnes et de lieux.

Une PLV, ou publicité sur le lieu de vente, est un gros présentoir en carton qui fait la promotion d’un dictionnaire, et sur lequel est fixé un exemplaire destiné à la consultation par les potentiels clients, que l’on trouve dans les librairies et les salons du livre.

Un dictionnaire informatisé est un dictionnaire conçu en premier lieu pour une version papier, dans lequel on insère des balises afin de le rendre exploitable sur un support informatique. Le Petit Larousse a été balisé à l’occasion de la refonte du millésime 1998, et il a dès lors été disponible sur cédérom.

Un dictionnaire électronique est un dictionnaire qui n’existe que sur support informatique, comme par exemple le dictionnaire de synonymes intégré au logiciel Word, ou bien le Dictionnaire du moyen français (DMF). La distinction entre dictionnaire informatisé et dictionnaire électronique n’est pas tout à fait établie. Elle pourrait être amenée à évoluer dans les prochaines années.

Le balisage d’un dictionnaire est l’opération par laquelle on insère des balises dans un dictionnaire. C’est aussi la liste des balises utilisées. Le balisage peut être plus ou moins souple ou fin.

Les balises sont des éléments fondamentaux dans les dictionnaires d’aujourd’hui. Un dictionnaire existant en version informatisée est constitué d’un réseau de millions de balises, qui s’insèrent autour de chaque élément constitutif du dictionnaire. Les balises fonctionnent par paires : une balise ouvrante (notée <…>), et une balise fermante (notée </…>). Ces deux balises se placent par exemple autour d’un article (on les appelle alors balises article), autour d’une vedette (balises vedette), autour d’une définition (balises définition), autour d’un exemple (balise exemple), etc. Elles servent notamment à décrire l’élément qu’elles circonscrivent. Le réseau de balises d’un article laisse apparaître sa structuration. Les balises contenues dans un article sont hiérarchisées. Par exemple, une balise vedette se trouve nécessairement à l’intérieur d’une balise article. Imaginons un article balisé assez simple :
BAGNOLE n.f. (régionalisme du Nord de la France) Fam. Voiture. Il conduit une vieille bagnole.

	<article=BAGNOLE>
		<vedette>
			<entrée>bagnole</entrée>
			<catégorie_grammaticale>nom féminin</catégorie_grammaticale>
		</vedette>
		<étymologie>régionalisme du Nord de la France</étymologie>
		<bloc_définitions>
			<définition1>
				<marqueur_d'usage>familier</marqueur_d'usage>
				<définition>voiture</définition>
				<exemple>il conduit une vieille bagnole</exemple>
			</définition1>
		<bloc_définitions>
	</article>

Comme on le voit dans cet exemple, un article très court devient vite une véritable forêt de balises.
À partir de ce balisage assez rudimentaire, que l’on applique à tous les articles, on peut très facilement mettre en forme l’ensemble du dictionnaire : pour mettre tous les exemples en caractères italiques, il suffit d’appliquer l’attribut « italique » aux balises exemple. De même pour mettre toutes les entrées en petites capitales et en gras, ou encore pour revenir à la ligne à la fin de chaque vedette, ou même pour générer la ponctuation ou les majuscules.
Grâce à notre balisage, il nous est permis de faire des recherches très précises sur le contenu du dictionnaire. Par exemple, je peux rechercher tous les mots familiers, c’est-à-dire tous ceux dont la balise marqueur_d’usage contient « familier ».
Notre exemple est très simplifié. Les éditeurs tels que Larousse ou Robert ont balisé leurs dictionnaires, et en ont commercialisé des versions informatisées, permettant aux utilisateurs d’accéder à toutes ces fonctions de recherche, en offrant de nouvelles perspectives à la consultation du dictionnaire. Cependant, la structuration des dictionnaires, leur enchevêtrement de balises, est tenue secrète. Il semblerait que la véritable richesse d’un dictionnaire comme le Petit Larousse, aujourd’hui, soit son balisage.

Publié le 29 mars 2006
Dernière modification : 5 avril 2006